» Les méfaits du tabac - Enseignement de S.S. Dudjom Rinpoché

Les méfaits du tabac - Enseignement de S.S. Dudjom Rinpoché

Enseignement de S.S. Dujom RinpochéDans ce texte, Kyabjé Dudjom Rinpoché raconte l’histoire des substances du tabac et en commente ses défauts. Il a rassemblé les principales déclarations de Gourou Padmasambava à ce sujet, prédictions révélées dans les termas, tout au long de l’histoire tibétaine par de grands tertöns comme Matchik Labdreun (1031-1129), Rigdzin Geudem (1327-1387), Sangyé Lingpa (1340-1396), Ratna Lingpa (1403-1478), Dudul Dordjé (1615-1672), Longsel Nyingpo (1615-1672), Drodul Lingpa (XVIIe s.) et Thougtchok Dordjé (XVIIe s.).

Om svasti !

Ayant rendu hommage avec un profond respect au Grand d’Oddiyana, Corps de sagesse des Bouddhas et des Bodhisattvas,et union de toutes les familles de Bouddhas, je vais raconter ici l’histoire du tabac.

Autrefois, environ cent ans après le grand parinirvana du Bouddha, il y avait en Chine une femme de la classe des démons, rendue folle par le désir passionnel, qui proféra ces paroles au moment de mourir : « je souhaite que mon corps devienne le support qui entraînera une multitude d’êtres de ce monde dans les royaumes inférieurs ! Enterrez mon corps intact et, dans quelques temps, de mes entrailles, naîtra une fleur différente de toutes les autres. Le seul fait d’en sentir l’odeur conduira les êtres à s’enivrer d’une félicité et d’une joie incomparables, de loin supérieures au plaisir sexuel. Cette plante se répandra jusqu’à ce que tous les êtres soient esclaves des plaisirs qu’elle procure !  »

Il est évident que, à présent, ses voeux se sont accomplis. Les substances telles que l’opium et assimilées que l’on absorbe par la bouche, le nez ou que l’on fume, non seulement ne possèdent aucunement la qualité d’apaiser la faim ou la soif, mais leur goût, pas même sucré, est loin d’être délicieux. Nocives pour le corps, la force et l’énergie vitale, elles causent par ailleurs des maladies respiratoires, circulatoires, flegmatiques et pulmonaires. De nos jours. presque tous les êtres, soient-ils riches ou pauvres, éprouvent une attirance irrésistible pour ces substances qui les pousse à les consommer de façon continue et incontrôlée. Voilà bien la preuve que les fruits de la prière de l’ogresse ont mûri.

On peut lire dans le terma du Souverain du Dharma, Ratna Lingpa : « Alors que le grand Maître Padmasambava liait par serment les neuf frères briseurs de samaya le cadet déclara : « Mes frères, ne vous désespérez pas, écoutez-moi plutôt ! je me manifesterai en Chine sous la forme du tabac; le nom de ce poison sera Venin Noir. Il poussera d’abord dans les régions limitrophes du Tibet et s’introduira ensuite progressivement au Tibet central. On trouvera la chose agréable, on la consommera et il s’en suivra un accroissement notable des cinq poisons grossiers. Au mépris des dix actions vertueuses, on préférera les dix actions néfastes. La vie des grands êtres détenteurs de la doctrine se fera précaire et ils partiront pour les terres de Bouddha. En pénétrant la terre, la fumée de ce poison anéantira cent mille cités de nâgas. La pluie ne tombera plus; les moissons et les troupeaux ne seront plus prospères; il y aura des troubles civils, des épidémies et des catastrophes de toutes sortes. La fumée montera au ciel et détruira la demeure des dieux, provoquant les éclipses et les comètes inopportunes. Les fluides essentiels et les canaux subtils des fumeurs se dessécheront et les quatre cent quatre maladies surgiront. Quiconque fumera renaîtra dans les mondes inférieurs; enfumer les autres produit le même résultat que si l’on arrachait le coeur de six millions d’êtres ! »

Dans le terma de Sangyé Lingpa : « Dans cet âge décadent les gens se livreront diverses activités malsaines : en particulier, au lieu de consommer de bonnes choses savoureuses, les hommes consommeront les pires substances, à la fois toxiques et malodorantes. Cessant toute autre activité, ils consommeront ces poisons avec frénésie. Ils cracheront et leur nez coulera de façon incontrôlable; leur santé et leur teint se flétriront. »

Dans le terma découvert par Rigzin Geuden se trouve cette prédiction : « À l’âge final et décadent, les gens absorberont de la vomissure empoisonnée, nourriture de Gandharvas’. Le simple fait d’en respirer conduira à l’enfer Avici. En conséquence, renoncez-y dès à présent ! »

D’après les prédictions découvertes par Dondul Dordjé : « Les moines et les nonnes prendront plaisir à respirer la fumée de ces plantes et à priser leurs poudres; le pays sera ainsi envahi par des briseurs de samaya. La frénésie insatiable de leurs passions prouvera qu’ils sont les jouets de Mara. Les larmes incontrôlables qui couleront de leurs yeux prouveront que leurs mérites sont épuisés. »

Longsel a révélé la prédiction suivante : « L’époque où les gens fumeront ces substances maudites est aussi l’époque où les bons amis s’empoisonneront mutuellement ».

Dans les révélations retrouvées en terma par Touktchok Dordjé, on peut lire : « Du fait des cinq poisons grossiers, les passions, les haines, les troubles, les querelles et les chagrins des êtres flamboieront comme un brasier d’enfer. Les dix vertus abandonnées, les dix actions néfastes feront rages, telles une tempête. On négligera les actions saines et les pratiques perverses se propageront. En cet âge sombre, les dieux protecteurs disparaîtront à mesure que les démons s’empareront du pouvoir. Les hommes avaleront la fumée du tabac, les canaux subtils de la sagesse discriminante s’en trouveront bouchés, l’agitation et les émotions obscurcissantes ne pourront qu’aller en s’intensifiant. L’occlusion du canal central aura pour conséquence directe l’opacification de la clarté limpide de la conscience éveillée. L’épuisement du mérite collectif entraînera des troubles dans le monde entier; les objets religieux, réceptacles des bénédictions, se détérioreront; ce sera le règne des vues erronées et des fausses religions. Les divinités protectrices se détourneront des êtres pour ne regarder que le Mont Mérou. Des étrangers envahiront le Tibet central et ses habitants seront contraints d’errer dans les pays limitrophes. Les doctrines de Mara se répandront en tout lieu et la terre deviendra un véritable enfer. »

Drodul Lingpa découvrit la prédiction suivante : « Le seul fait de respirer l’odeur des plantes, herbes ou feuilles issues de la goutte de sang de l’ogresse mènera droit à l’enfer du Vajra. »

Selon les prédictions de Machik Lapdreun – « La fin des temps sera une époque de conflits; les gens porteront à leur bouche une substance chargée des cinq poisons. Celle-ci viendra de Chine, se répandra en Mongolie et sera consommée par les habitants du Tibet aussi. Il en résultera des chutes de pluie irrégulières, de grands gels et des tempêtes de grêle dans le monde entier. Si des méditants absorbent ces substances, ils pourront bien pratiquer pendant des siècles, ils ne réaliseront pas la déité. Dans les vies futures, ils erreront sans fin dans les royaumes inférieurs : même la compassion des Trois Joyaux ne pourra les protéger. »

Il est donc fait référence au tabac et aux drogues dans de nombreuses prédictions. L’usage de toutes ces substances se trouve particulièrement condamné dans de nombreux écrits de sages accomplis, appartenant aussi bien à l’Ancienne Traduction qu’à la Nouvelle. Les paroles adamantines d’Orgyen Rinpoché ne trompent jamais. N’ayez donc pas l’hypocrisie de demander : « Comment peut-il y avoir autant de défauts dans le fait de fumer une plante, naturelle ? » L’aconit aussi est une plante naturelle : en absorber, ne serait-ce qu’une toute petite quantité, provoque la mort physique. Alors, pourquoi le fruit des voeux pervers d’une démone ne provoquerait-il pas la mort spirituelle ? Les personnes avisées se rendront donc un immense service en renonçant complètement à ces substances.

Puisse le fidèle et le sage qui éviteront le chemin qui se termine par un précipice, cueillir la bonne fortune de trouver le bien-être dans l’heureux jardin de la libération !

Il est vertueux que, à la requête de Serta Jigmé du Golok, Vajrajnana ait écrit ce petit texte.

Texte Édition Padmakara – Laugéral – 24290 Saint-Léon-sur-Vézère – France

Traduction anglaise